Auteur : Paul Verlaine

« Prince des Poètes » ou « pédéraste assassin » (formule empruntée à Léon-Paul Fargue in « Préface aux Confessions de Verlaine », éd. du Bateau ivre, coll. « Chefs-d’oeuvre d’hier », 1946)?
Verlaine lui-même, relatant sa vie, hésite entre une « histoire de brigands » et un « conte de fées ». Le raccourci poétique de Fargue présente l’avantage de lier ce que les biographes tentent de dissocier.
« Poète de grand chemin » connote le brigand (ou le vagabond) et le poète de grande envergure. Verlaine, tout au long de sa vie, oscille en effet entre errances et embourgeoisement, entre l’amour des femmes et la passion des garçons. L’oeuvre en vers, en prose, ou en « notes » autobiographiques, témoigne de ces contradictions, en même temps que de la « fatale inféodation à cette tant aimée coquine de littérature » (Verlaine, Souvenirs sur Théodore de Banville, 1891).

Les premières errances de Verlaine tiennent au métier de son père, militaire de carrière. Un « hasard » de garnison le fait naître à Metz le 30 mars 1844. La démission paternelle interrompt les fréquentes mutations et fixe la famille à Paris, quartier des Batignolles (1849). L’enfant unique y est choyé et gâté à l’extrême, notamment par sa cousine Élisa. À 7 ans, il sait lire et commence des études, en internat, à l’institution Landry, puis au lycée Bonaparte (Condorcet aujourd’hui). Le sevrage affectif est douloureux, les conditions de vie carcérales, et l’enseignement médiocre; mais à 18 ans, Verlaine est bachelier. Il renonce rapidement à des études de droit, obtient un emploi de bureau à la mairie du IXe arrondissement puis à l’Hôtel de Ville, et commence à fréquenter salons littéraires et cafés. Les découvertes de la poésie et de l’absinthe, « l’atroce sorcière verte », coïncident avec les deuils du père et d’Élisa, la cousine bien-aimée.

Commence alors pour Verlaine, alors âgé de 22 ans, une carrière de poète dont les publications ponctuent les moments forts de l’existence: La Bonne Chanson (1870) marque le temps des fiançailles, Romances sans paroles (1874) les vagabondages avec Rimbaud, et Sagesse (1880) l’expérience carcérale. Dans les mêmes temps, il bat sa femme, manque d’étrangler sa mère, et tire des coups de pistolet sur Rimbaud qui veut le quitter.
Sa condamnation judiciaire pour tentative d’assassinat, et morale pour homosexualité (1873), lui fait perdre un emploi de professeur, l’empêche de réintégrer l’administration et lui barre l’entrée de l’Académie française.

Pourtant, l’admiration des poètes et la sympathie populaire pour l’ancien communard ne se dément pas: on lui rend visite dans les salles communes des hôpitaux où il soigne ses rhumatismes, on assiste à ses « mercredis » dans les chambres d’hôtel, on se cotise pour lui verser une pension et le jour de ses obsèques (9 janvier 1896), des milliers de Parisiens, et certains des plus prestigieux, se pressent au cimetière des Batignolles pour rendre hommage à cet « homme unique dans notre littérature, qui sut se servir des mots les plus simples, des tournures les plus ingénues et de la candeur la plus désarmante pour nous dire presque tout. Presque tout ce qui compte. » (Léon-Paul Fargue, op. cit.)

Accès enseignant

Inscrivez-vous ou saisissez vos identifiants magnard.fr pour accéder aux ressources réservées aux enseignants.

×

Déconnexion ...

Déconnexion en cours ... veuillez patienter ...
×

 

 
×